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Riace Città futura

Carnets de voyages

Il est bien rare que la randonnée ne nous réserve des surprises. Début septembre, j’ai emmené un groupe de randonneurs dans les Serre, à la découverte de la Calabre byzantine. Nous avons été hébergés trois jours à Riace, petite localité divisée en Riace Marina, station balnéaire sans charme, et Riace Superiore, le village ancien perché sur une colline à 5 km de la côte. Là nous avons été témoins d’une expérience fort intéressante.

A l’entrée du village, un panneau "Riace" et au-dessous "Cité d’Accueil".
Accueil des touristes par Pina, la femme du maire, qui nous reçoit à "
La Taverna", restaurant géré par une association, et nous emmène ensuite par un dédale de rues étroites aux maisons dans lesquelles nous serons hébergés.
Accueil de migrants surtout.

L’histoire commence en 1998. Un bateau chargé de 300 migrants porté au gré des courants échoue par hasard au large de Riace, comme un autre bateau avait échoué il y a plus de 2000 ans portant les fameux bronzes exposés au musée de Reggio. Ces réfugiés, il faut les nourrir, les héberger en urgence dans les églises, les structures existantes, avec l’aide de la Croix Rouge. Ce sont essentiellement des Kurdes pourchassés dans leur pays.

Domenico Lucano, le maire du village a accepté de nous rencontrer quelques minutes bien qu’il soit accaparé par l’arrivée prochaine de Wim Wenders venu tourner un film à Riace. Domenico est un homme jovial, vif. Il parle vite, avec passion. Il raconte : "J’étais indigné par la situation des réfugiés. C’est la politique des pays riches qui crée une situation tellement difficile dans leur pays que les gens sont obligés de partir. Ce sont des victimes. Je n’étais pas encore maire à l’époque mais avec mon meilleur ami, disparu depuis, nous avons voulu agir pour aider ces gens. Pas les assister mais leur trouver un travail, un logement, des conditions de vie décentes et nous nous sommes pris à rêver. Contrairement à Riace Marina très animée en saison, Riace Superiore, la partie ancienne de la commune, s’est endormie, vidée de ses habitants partis travailler dans le Nord ou installés en bord de mer. Et si ces immigrés nous aidaient à la faire revivre ? Que les rues s’animent, que les volets s’ouvrent à nouveau, qu’on entende les gens se parler dans les rues, les enfants rire….."

Ainsi est née l’idée de créer l’association "
Città futura".

55 Kurdes parmi les 300 arrivés en 1998 ont voulu s’installer à Riace au lieu de partir vers l’Allemagne. C’est avec eux qu’a commencé l’aventure. L’association a reçu quelques aides d’une association du sud de la France, de la Banque Ethique notamment. L’entrée de Domenico Lucano au Conseil municipal en 1999, l’inscription de la commune dans le "Programme national d’accueil" en 2001, l’élection de Domenico en qualité de maire en 2004 sur le slogan "Valoriser l’accueil" a stimulé la communauté.
Città futura appuie son action sur des initiatives liées à la culture populaire. Elle ouvre des ateliers qui reprennent les techniques anciennes basées sur des savoir-faire qui disparaissaient : un atelier de tissage qui a repris le tissage du genêt et travaille le lin et d’autres fibres, un pressoir avec les antiques meules de pierre pour fabriquer l’huile d’olive, la fabrication du pain à levée acide, un atelier de poupées en costume traditionnel, la fabrication de confitures artisanales, un atelier de dentelle, un atelier de poterie où un artisan d’origine iranienne fait profiter de son savoir-faire.

Città futura
s’est aussi lancée dans le tourisme équitable et solidaire : elle a ouvert un restaurant "La Taverna" et loue des maisons individuelles qu’elle met à disposition des touristes, en en réservant quelques-unes pour des réfugiés.

Peu à peu les touristes sont venus et
Città futura a ainsi atteint les 4 objectifs qu’elle s’était fixés :
- donner du travail à des jeunes chômeurs,
- faciliter l’intégration de réfugiés restés à Riace,
- améliorer l’économie locale en ouvrant un bar, des petites boutiques, l’artisanat, la production d’olives, de vin….,
- faire en sorte que l’histoire de Riace continue à vivre à travers le folklore, les traditions et les métiers de l’artisanat. Une centaine d’immigrés sur 750 habitants habitent et travaillent actuellement à Riace comme ouvriers agricoles, mécaniciens, ouvriers en usine ou dans les ateliers.

Riace est un beau village. Des petites places ont été rénovées, repavées, bien éclairées. Des maisons ont été restaurées. Des boutiques tant italiennes que tenues par des immigrés donnent de la vie au village. Le parcours fléché des "murales" nous promènent de fresque en fresque peintes par des artistes de divers pays.

Bien sûr, tout n’est pas facile et l’équilibre est fragile. Domenico Lucano le sait bien et il n’était pas certain d’être réélu en 2009. Il a gagné contre les partis traditionnels que trouble sa façon de faire de la politique et surtout la n’dranghetta. Cette organisation mafieuse a besoin de l’omerta, du silence, de la chape de plomb qu’elle fait peser sur la région. Que Riace soit sous les projecteurs la dérange. Elle l’a fait savoir à sa façon en "éxécutant" les chiens de Domenico et de son fils. Domenico a répondu par avance publiquement : plusieurs "murales" dénoncent la n’dranghetta et l’une d’elles représente l’assassinat d’un homme dont le sang coule jusque sur le trottoir avec cette légende "Contre la n’dranghetta, serrons nous les coudes".

Le jour de mon départ, je suis passé une dernière fois à l’atelier de tissage. Hélène, une jeune érytréenne apprenait à tisser sous la conduite de Pina tandis que dans les rues passaient des enfants italiens, afghans, africains, tous vêtus de neuf pour se rendre à l’école, ce jour de rentrée. Une image symbolique de Riace.

Marc Delacherie, octobre 2009

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Dernière mise à jour le 23 juin 2017 | passeggiate@free.fr

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